juin 27, 2022

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M. F. Chavaillaz-Berdat - Une citoyenne de Hauterive au parcours de vie exceptionnel – 5ème et dernière partie

 Gens de chez nous / Posté il y a 2 mois par Memo / 97 vues

Retour vers le passé  – Article publié dans la Hauterive Info 16 – 2022
par Jean-Denis Chavaillaz

Ce journal couvre la période du 27 octobre 1878 au 2 juillet 1888. Depuis le 15 mai 1878, Marie Françoise Berdat est au service la famille Messimy à Lyon en tant que préceptrice. On apprend aussi qu’elle était retournée vivre chez son père à Posieux au mois de septembre 1877, mais que rapidement elle décide de s’expatrier à nouveau. Son réseau de connaissances s’active alors et une place chez la comtesse B. de Saxe lui échappa de justesse. Elle hésite d’accepter une place en Italie (car elle « n’aimait guère les italiens »). C’est finalement par l’entremise de Laure de Chollet qu’elle trouve une place auprès de la famille Messimy habitant près de Lyon.

27 octobre 1878. Mme Laure de Chollet qui à mon insu avait écrit à Mme de Saint Victor et à Mme de Fleurieux, se décida tout-à-coup à s’adresser à une de ses amies de pension, Mme Messimy, qui lui répondit qu’elle prendrait bien une institutrice pour ses enfants si elle réunissait les qualités voulues. Après quelques lettres échangées de part et d’autre il fut décidé que j’entrerais le 15 mai chez Mme Messimy. Ce n’est pour ainsi dire que malgré moi que je mettais le pied sur le sol français pour m’y fixer. Non que j’aie une répugnance personnelle pour cette nation voisine de la mienne, mais parce que la légèreté du caractère français m’effrayait. Cependant je reconnus bientôt avec une grande satisfaction que la famille Girodon était une exception à la règle. Les adieux furent très pénibles. Les Mlles de Surbeck les Dames de Weck et de Wuilleret m’offrirent de très jolis souvenirs. La veille de mon départ plusieurs personnes vinrent me dire adieu entr’autre F. Barbe du pré-neuf. Joseph me conduisit le matin à la gare. Après avoir demandé à mon père sa bénédiction je montai en voiture. Ah me voilà pour la 3ème fois quittant ma maison et mon pays.

Dès le soir de mon arrivée (15 mai 1878), les enfants commencèrent à jouer avec moi. Adolphe l’ainé avait 9 ans ½, Thérèse sa sœur allait atteindre sa 8ème année, Magdeleine avait six ans et quelques mois, Fernand 4 ans, André deux ans et les jumelles allaient avoir 5 mois. Il y a cinq mois que je suis ici et ce temps ne m’a pas paru trop long. Les enfants me sont très attachés et ils voudraient que je restasse toujours auprès d’eux. Mercredi dernier j’allai voir la sœur Andrée qui retournait à Fribourg auprès de Mme de Reynold et les trois ainés m’accompagnèrent afin de ne pas me laisser partir avec elle. Les témoignages d’affection me font plaisir et me dédommagent un peu du chagrin que j’éprouve à être loin de mon pays et de tout ce qui m’est cher.

La famille habitait « La Sablière », propriété de M. Alfred Girodon, le frère de Mme Messimy. Le couple avait neuf enfants, dont deux, les jumelles Hélène Marie Marguerite et Sophie Marie Jeanne devaient décéder alors qu’elles n’avaient pas encore 3 ans. Cela affecta beaucoup Marie Françoise Berdat, car elle s’était beaucoup attachée à ces enfants.

Durant son engagement de préceptrice au sein de la famille Messimy, Marie Françoise Berdat accompagna la famille dans ses déplacements, notamment à Brides-les-Bains (en Savoie, au Sud d’Albertville). Elle rapporte dans son cahier qu’il y a un mois le 6 août (1880) que nous sommes arrivés ici ; j’ai déjà pris vingt bains et je m’en trouve à merveille. Nous sommes beaucoup mieux logés que nous l’étions l’année dernière chez Mme Marquetti. De ma fenêtre on voit les neiges éternelles, cependant on ne saurait distinguer le col de la Vanoise.

Plus de deux ans et demi se sont écoulées depuis l’arrivée de Marie Françoise Berdat à Lyon, dans la famille Messimy. Elle s’apprête à quitter cette famille pour rentrer à Fribourg non sans avoir murement réfléchi. En effet, elle rentre pour épouser Jean Joseph Chavaillaz et pourvoir à l’éducation de ses dix enfants.

Bien que Marie Françoise Berdat ait quitté la Hongrie depuis 10 ans elle reçoit toujours de la correspondance de ses anciennes connaissances de là-bas. Elle correspond aussi avec les sœurs du couvent d’Augsbourg où elle séjournait 16 ans auparavant. Le 19 septembre 1880 elle assiste à une représentation à Lyon de Sarah Bernhardt, fameuse actrice de l’époque.

Le 11 novembre 1880 elle écrit dans son cahier : Dans quelques heures nous quitterons la Sablière, moi pour ne plus y revenir et cependant je ne suis pas triste car je vais rejoindre les miens. Enfin mon exil va finir. Je remercie Dieu de m’avoir envoyé en France car j’y ai appris bien des choses que j’ignorais. Je vais comme l’abeille qui butine de fleurs en fleurs et retourne à la ruche chargée de miel. Je compte en faire profiter ma future famille, j’ai acquis des connaissances et de l’expérience, le moment est venu de les mettre en pratique.

Marie Françoise Berdat arrive à Fribourg le 11 janvier 1881 ou son futur époux Jean Joseph Chavaillaz la rejoint. Ils se fiancent le 12 puis Marie Françoise Berdat se rend au couvent de la Visitation à Fribourg pour quelques jours de retraite. Le mariage civil est célébré le 17 janvier à Ecuvillens suivi du mariage religieux à la basilique Notre-Dame à Fribourg. Le même jour les époux partent en voyage de noce d’abord pour Einsiedeln puis Bâle.

Ecuvillens ce 17 septembre 1882.

Il y a 20 mois aujourd’hui que je suis mariée. Qui aurait pu prévoir ce dénouement il y a six ans ! Il m’en a bien coûté de quitter mes élèves et leurs parents. Madame Messimy m’a fait cadeau d’un beau trousseau. 12 chemises, 12 camisoles, 12 paires de pantalons, 12 paires de bas blancs, 6 paires en couleur deux douzaines de mouchoirs de poche et un très beau livre. Monsieur Messimy une belle robe de soie. Adolphe m’accompagna jusqu’à la gare. Tous les enfants croyaient que je ne venais qu’en vacances. Je passai par Nuits et je passai une agréable journée avec Mme Marey-Monge. Mon mari actuel vint à ma rencontre jusqu’à Neuchâtel. Tous les enfants m’avaient écrit pour me témoigner leur contentement de mon mariage avec leur père.

A la fin du cahier, les entrées se font de plus en plus enspacées dans le temps. Peut-être que ses tâches de mère de famille et les soucis de la ferme accaparent son temps de loisir, s’il en était. Souvent ses notes se rapportent à sa santé et à celle de ses proches. Une note du 15 août 1885 mentionne une entorse qui la maintient au lit. Puis en juin 1887 elle raconte comment son neveu Jules, le fils de sa sœur Madeleine, fut frappé d’hydrocution est se noya dans la Sarine devant ses frères Emile et Joseph Zapf.

Une autre inscription date du 31 juillet 1887 et elle a la teneur suivantes : J’ai assisté à la première messe de Mr l’Abbé Rodolphe de Weck un de mes anciens et meilleurs Elève. J’avais passé la nuit à Maggenberg. En arrivant à Marly, Mr Pelet vint me demander où il avait brûlé à Ecuvillens ? Mon anxiété fut extrême car je n’avais aucune nouvelle. Enfin après la cérémonie, Mr le Curé d’Arconciel qui avait assisté Mr l’Abbe à l’Autel me dit d’avoir été au feu, la grange de la cure était consumée et une partie de la toiture du Capitaine ; mais que heureusement personne ne s’était fait mal.

Mardi 6 septembre 1887. Mon pauvre père est mort ce mation à 8 heures 1/2! Il n’a pour ainsi dire pas eu d’agonie (…). Enfin me voilà tout-à-fait orpheline.

La dernière entrée du cahier est datée du 2 juillet 1888. Elle raconte l’entrée d’Eugénie Chavaillaz, fille de vingt an de Jean Joseph Chavaillaz, au service auprès de la famille Messimy en précisant que sa sœur Catherine y travaille déjà comme femme de chambre.

Marie Françoise Chavaillaz-Berdat décède le 9 février 1915, dans sa 72ième année et 4 mois avant son marie Jean Joseph Chavaillaz.

Un grand merci à Pierre-André Chavaillaz pour la retranscription de l’entier des cahiers et des recherches effectuées. Il a ainsi grandement contribué à la réalisation de ce récit sur une citoyenne de Hauterive au parcours de vie exceptionnel.

 

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