juin 5, 2021

by Memo in

Le coin du patois (2) - le vivre et l'apprendre

 Le Patois / par Memo / 369 vues

Voici comment le malicieux Jean Risse trace le portrait d’un avare. La verdeur  du vieux parlé accentue fort plaisamment le vilain défaut de ce grippe-sous. Jean Risse (1888-1942), poète et ardent défenseur du patois, né à Pont-la-ville. Instituteur en 1909, inspecteur scolaire à 24 ans ! Homme talentueux et admiré, il fut victime de sa trop grande compétence. Déjà à cette époque, on n’aimait pas trop les têtes qui dépassent les autres !

VUELI

Vuéli ? Tié que l’é por on ?

  • Ma toparai ! Vo j’ithé ouna tropa dé guenèfle dé pao koniethre Vuéli, Vuéli de la Fin déjo, le plyie grô modzon qu’on pou vaire. Tyinta bethettà ! Rin tié dé le vuityi allao, on chao dza chin que lé.

Vuéli moujé tié à l’ardzin. Por li, to va firi à inmochalao, à infatao, à intétchi di batze lé j’on chu lè j’oòtro. Ouna fiertà pignetta. Quand vèyai on dé ché bouébo ou bin on dierthon piantao la remalà dé chon cuti din ouna  tenéva dé pan, vinyai dza bré dé tzô. Lé li et pao on n’ôtro que ché trovaové dé tsôtin achetao déjo on grô chapi, avuai ché j’ôvrai, que fajan lé chérné. Ché gouernaovan dé papet i jampé et dé chéré. Paochon quôtié j’echtafié dé Fribua que lou braomon : « Bon appétit ? » Vuéli ché lévao et lou j’a répondu :

  • Chin vo régaordé pao, granté mônétyao. E-the vo que vo chognidé le pan ?

Vuéli l’a cha fénà malaoda du ly a dutré chenanné. Lé pao chin que li fao mô ou kâ, ma l’é que pou pao mé travailli et que li kothé tchai.
Delon pachao, on rékontro, mon Vuéli que chin d’allaové du la faire.
« Quemin va ta fénà ? que li dio.
Mé répnd :  « Va rin tan bin, I ré medzé ».

GUILLAUME

Guillaume ? Qui est-ce ? (litt. : « qu’est-ce que c’est pour un ?).

  • Mais tout de même ! Vous êtes une bande de « guenèfles ». Si vous ne connaissez pas Guillaume, Guillaume de la Fin d’en bas, le plus gros mufle qu’on puisse rencontrer. Quel animal ! Rien qu’à le voir passer, on sait de qui il s’agit.

Guillaume ne pense qu’à l’argent. Pour lui, une seule chose compte : amasser, empocher, entasser des écus les uns sur les autres. Une vraie « peignette ». Quand il voit l’un de ses fils ou un domestique planter la lame de son couteau dans une miche de pain, il commence déjà à transpirer. On raconte qu’un été, au temps des foins, il était assis sous un sapin avec ses ouvriers, en train de manger du « papet » aux framboises et du sérac. Viennent à passer quelques benêts de Fribourg qui leur crient : « Bon appétit ! » Guillaume se lève et leur répond :

  • Ça ne vous regarde pas, gros dégoûtants ! Est-ce vous qui nous procurez le pain ?

La femme de Guillaume est malade depuis deux ou trois semaines. Ce n’est pas  ça qui lui fait mal au coeur, c’est le fait qu’elle ne peut plus travailler et que ça lui coûte cher.
Lundi dernier, je rencontre Guillaume allant à la foire.
« Comment va ta femme ? » que je lui dis.
Il me répond : « Vraiment pas bien. Elle recommence à manger ».

(Mémento No 20 juin 1980)

Quelques mots de vocabulaire :
portâ :          apporter
bêre :           boire
demindze : dimanche
l’ekoula :     l’école
la gajèta :    le journal
le tsan :       le chant
dzouno :      jeune
le pu :          le coq
la né :          la nuit
moncheu : monsieur

Auteur: René Gendre
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