août 24, 2022

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Il y a 32 ans : la meule à charbon de bois du bois Cornard

 Histoire de notre commune / par Memo / 104 vues

Qui parmi vous se souvient encore de la construction et de la combustion de la meule à charbon du bois Cornard ,en mai 1990 ? Cet événement rarissime, unique et instructif au plus haut point, a très certainement marqué toutes celles et tous ceux qui ont suivi avec beaucoup d’attention cette aventure.

Retournons dans le temps : le but poursuivi par l’Inspection cantonale des forêts et l’Inspection des forêts  du 1er arrondissement est de faire revivre une tradition et de donner l’occasion de connaître une technique artisanale d’utilisation du bois, selon des méthodes de travail ancestrales. Il s’agit d’une action ponctuelle, qui ne sera certainement pas répétée avant longtemps. Il s’agit aussi d’animer la forêt un peu différemment. M. Jacques Galley, de Fribourg, forestier domanial à Ecuvillens-Posieux et initiateur de l’opération, et M. Alain Lambert, ingénieur forestier, lancent cette aventure unique dans le canton de Fribourg.

Mais pour ce faire, il faut un véritable charbonnier expérimenté, un professionnel aguerri. Ne s’improvise pas charbonnier qui veut ! Ils vont le trouver dans l’Entlebuch lucernois, dans la personne de M. Martin Wicki, héritier d’une longue expérience familiale et régionale. Il a appris son métier avec son grand-père et son père. Il a construit sa première meule, seul, à l’âge de 18 ans. Il en a actuellement 29 (en mai 1990 !). Il a érigé une quinzaine de meules, sans aucun échec. Il existe un principe sacré de la tradition: un charbonnier s’occupe de sa meule, jusqu’au bout. Il lui faut toutefois 5 hommes pour l’aider à la construire et 7 ou 8 pour la démonter.

Description technique

Il existe trois principaux procédés artisanaux de fabrication du charbon de bois :

  • les fosses
  • les meules
  • les fours

Une fosse nécessite un terrassement puisqu’elle doit être creusée dans le sol. Un four exige la construction d’une installation permanente, soit en brique, soit en métal. Une meule est le procédé qui a le moins d’impact sur le lieu où elle est érigée, puisqu’il suffit d’un terrain plat et stable avec un léger bombage.

Parmi les meules, on distingue encore les meules verticales et les meules horizontales, selon le mode d’empilement des bûches.

La meule du Bois Cornard est une meule verticale, les bûches étant rangées en position debout. Ce type de meule était autrefois très utilisé en Europe car il permettait de fabriquer le charbon sur l’emplacement même de la coupe de bois.

Construction de la meule

  • à l’emplacement prévu, il faut bomber légèrement le sol avec du gravier.
  • puis construction du plancher avec des rondins disposés en étoiles, recouverts de planchettes. Ce plancher permet ensuite l’appel d’air (tirage) vers la cheminée centrale
  • le bois est alors empilé manuellement sur 4 étages de bûches (rondins) rangés verticalement, en serrant au maximum les morceaux de bois afin de limiter le volume d’air. Le bois utilisé est surtout du hêtre. Les étages sont circulaires, de diamètre décroissant.
  • ensuite, la meule est recouverte d’une couche de branches de sapin puis d’un manteau de poussier (mélange de terre et de poussière de charbon) qui assurent « l’étanchéité » de la meule. La poussière de charbon vient d’une précédente meule, et la poussière produite au Bois Cornard servira à la prochaine meule érigée par le charbonnier.
  • enfin, un châssis (« l’échafaudage ») de planches et de rondins est disposé autour de la meule, afin de prévenir l’affaissement du manteau et permettre au charbonnier de se déplacer sur le pourtour de la meule, pour surveiller de près la carbonisation et aménager des trous d’aération.
  • après avoir enlevé le mât central, la meule est prête à être allumée

Allumage et carbonisation

Je vais résumer, d’une manière succincte, ces deux procédés :

  • on remplit la cheminée de charbons (braises)
  • on ferme la cheminée avec un couvercle
  • la carbonisation progresse de haut en bas et du centre vers la périphérie
  • on fait des ouvertures à la base de la meule
  • des trous d’aération sont creusés dans le poussier
  • les interventions de Martin Wicki seront dictées par l’épaisseur, la couleur et l’odeur de la fumée. La nuit, toutes les deux heures, il devra contrôler l’évolution et régler le tirage. La conduite de la carbonisation requiert une constante vigilance et une grande expérience.
  • puis le charbon de bois sera récupéré en deux étapes.

Enfin, les 9 tonnes seront vendues sur place en sacs de 10 kg s’il le faut.

Sources : – dossier de l’Inspection cantonale des forêts et de l’Inspection des forêts du 1er arrondissement (mai 1990)

  • éditions de « La Liberté » des 28/29 avril 1990 ; des 12 et 13 mai 1990 ; du 16 mai 1990
  • mes documents privés : j’avais effectué un suivi, avec ma classe, de toute l’opération, du début à la fin.

Remarques : – j’avais acheté plusieurs sacs de charbon sur place et je peux vous assurer que le pouvoir calorifique y était nettement plus élevé que celui acheté alors dans le commerce. J’en avais eu pour deux ans.

  • à noter qu’il y a quelques jours, la TSR, dans « Couleurs locales » a diffusé un reportage très intéressant et émouvant  sur la construction de meule de  charbon, par M.Martin Wicki, dans l’Entlebuch. Celui-ci, en 2022, plus de 30 ans après, construit encore des meules
Source: Article publié dans la Hauterive Info no 17 juillet-août 2022 – Auteur: René Gendre

 

 

 

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