mai 2, 2020

by Memo in

10 questions à Monsieur l’Abbé Bernard Allaz

 Gens de chez nous / Posté il y a 12 mois par Memo / 344 vues

Interview publiée dans la Lettre d’information d’avril 2020.

Q : Pourriez-vous Monsieur l’Abbé Bernard Allaz vous présenter en quelques mots ?
Le 17 janvier 1946, je suis né à Territet d’une maman valaisanne, Ernestine Bonvin, et Joseph Allaz, vaudois. Nous sommes trois enfants, mon frère Michel l’aîné qui a travaillé 51 ans en Afrique et mon petit frère Jean-Pierre, marié, quatre enfants et six petits-enfants. Après 10 ans à Territet, la famille a rejoint mon grand-père à St-Barthélémy. Après les études au collège d’Echallens et au gymnase de la Cité à Lausanne. Je me posais beaucoup de questions sur l’avenir, voulais-je devenir pilote d’avion, médecin ou chercheur en physique nucléaire ?

Lors d’un travail d’été de deux mois dans une imprimerie pour gagner des sous – je viens en effet d’une famille modeste – j’ai senti un appel de Dieu à devenir prêtre ; l’ambiance dans cette imprimerie était mauvaise et j’ai réussi en quelque sorte à y apporter la paix. Un des ouvriers a pleuré lors de mon départ en me disant merci.

Je me posais encore des questions… est-ce que Dieu ne m’appelle pas pour autre chose ? Entré au séminaire en 1966 chez les Pères Blancs en Belgique, j’y suis resté 2 ans. Papa est décédé, en 1967, d’un cancer foudroyant et je suis rentré au séminaire diocésain à Fribourg. Ordonné prêtre en 1972, j’ai fait un stage en Afrique en 1973, de 5 semaines. Rentré en Suisse, je m’y sentais plus à l’aise en ayant déjà goûté à la vie pastorale.

Mon premier ministère s’est passé à Lausanne, à Notre-Dame du Valentin, puis en 1974 à Vuisternens-en-Ogoz où le curé et 2 paroissiens sont décédés en une semaine d’un arrêt cardiaque. A la place de 3 semaines, j’y suis resté une année.

Puis ce fut Romont, 6 ans vicaire, 12 ans à Belfaux, mon premier poste de curé, en 1993, 6 ans à Gruyères et alentours, puis dans la Broye, 13 ans avec résidence à St-Aubin, curé modérateur de 11 paroisses, doyen de 34 paroisses, ensuite je suis arrivé à Ecuvillens en automne 2013.

Q : Comment s’est passé votre période en tant qu’Abbé dans notre paroisse de Ecuvillens-Posieux ?
Jésus nous dit : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie. » J’y suis heureux. Cela s’est bien passé, mais à l’arrivée un déménagement est plus difficile que je pensais. J’avais beaucoup de projets pour réunir des gens, mais au début j’ai été fatigué et ai moins pu entreprendre ce que j’avais projeté. Je garde un souvenir merveilleux de ces années ici, des paroissiens ouverts, l’équipe pastorale est compétente, l’Abbé Jean très serviable et agréable, avec les sociétés et les autorités communales et paroissiales, avec tous, il est agréable d’être au service de chacun. Nous avons pu susciter un climat fraternel et solidaire.

Q : Quel regard portez-vous sur la paroisse d’Ecuvillens-Posieux et ses habitants et quels souvenirs marquants en garderez-vous ?
J’ai beaucoup apprécié la vie des sociétés, entre autres le Petit Chœur et la Cécilienne, j’en garde un souvenir merveilleux dont je noterais un temps fort : c’était la bénédiction du drapeau de la Cécilienne. Merci aussi pour l’accueil du Père Brone, mon ami de Pologne qui vient me remplacer, cet été, pour la 38ème fois. Je n’ai pas pu m’investir autant que je l’aurais aimé. La multiplicité des paroisses nous disperse et les divers conseils nous prennent beaucoup de temps.

Q. Vous avez fait de nombreux pèlerinages – lequel vous a le plus marqué et pourquoi ?
Je garde de magnifiques souvenirs de tous ces pèlerinages en tant qu’animateur spirituel et surtout guide en Terre Sainte, chacun reste unique, particulièrement avec Belfaux, nous étions par exemple une fois 51 personnes, et parmi elles 8 familles qui avaient perdu un enfant de manière accidentelle ou par maladie. Nous avions vécu le jumelage de la paroisse avec celle de Reneh, en Terre Sainte. Ce fut un pèlerinage de guérison : ces familles sont rentrées avec une grande espérance, elles ont compris que Marie avait souffert avec eux, comme eux et ce pèlerinage a fortifié les liens dans la paroisse. S’ensuivit la restauration de l’église et du Saint Crucifix, ce fut 3 ans de travaux, avec un Christ extraordinaire qui m’a profondément marqué et suscité de nombreux miracles.

Concernant les pèlerinages et les voyages foi et culture, j’en ai beaucoup effectué, par exemple en Terre Sainte, déjà 42 fois, en Pologne, au Mexique, en Egypte, Jordanie, Amérique du Sud, en Asie, Australie et ailleurs Plusieurs voyages étaient aussi privés, on partait un mois chaque année entre amis, c’est toujours très intense et les gens sur place sont très chaleureux.

Lors du dernier pèlerinage, en Terre Sainte, une religieuse a fait un témoignage sur le lien entre les juifs et les chrétiens, elle travaille beaucoup ce sujet, qui a débouché sur un projet qui me procure beaucoup d’espérance. En effet, en 2021, sur le thème : « A la rencontre de la Tradition vivante d’Israël », en mai avec un petit groupe nous irons partager le repas du Shabbat avec une famille juive. Nous prendrons aussi le temps de lire la Bible avec des juifs, dans un centre de dialogue,

Q : Que pensez-vous du célibat des prêtres ?
Personnellement j’ai dit oui à l’évêque, à l’époque il y avait déjà le Concile II du Vatican, dans le ministère je ne me serais pas vu marié et prêtre, même si un soir je me suis quand même posé la question du mariage lorsque j’étais invité dans une famille heureuse avec deux enfants à Lausanne. Quelques temps plus tard, la maman est malheureusement tombée gravement malade et je les ai accompagnés.
Ma vie fut bien active aussi avec 24 ans d’aumônerie militaire en caserne, parfois je me levais à 4 h du matin pour instruction à 6h15 du matin à la caserne de Fribourg, je déjeunais avec eux puis j’avais le catéchisme à 9h00 à Belfaux.
Un dimanche j’avais une rencontre avec célébration œcuménique en l’église d’Erlenbach, puis je suis arrivée à 9h53 à Berlens pour une première communion de deux enfants, il faut bien avouer que je roupillais debout à la fin du repas.
Actuellement je pense que l’église catholique doit faire ce pas vers l’ouverture, un très bel article est d’ailleurs paru dans l’hebdomadaire La Croix pour Pâques, article du Pasteur Daniel Marguerat.

Je reste déçu que le synode de l’Amazonie, qui nous ait donné une grande espérance puis le pape François n’a pas osé faire le pas d’ordonner des diacres mariés prêtres. Il a voulu éviter un schisme.

Q : Quel est le lien aujourd’hui entre le curé de la paroisse et l’abbaye d’Hauterive ?
C’est un lien tout simple, je suis peu souvent à Hauterive mais on pense et prie les uns avec les autres. Chaque année, un grand bonheur est de vivre à la journée paroissiale à Hauterive, messe avec la Communauté et repas avec celle-ci et les paroissiens.

Q : Le coronavirus nous a privés de notre dimension communautaire. Qu’est ce qui a changé dans votre quotidien ?
Le contact avec les enfants, j’aime beaucoup la préparation du carême, les baptêmes, j’ai aussi 10 mariages cette année. Les rencontres de chaque semaine avec les résidents du home et avec les paroissiens.
Cela devient dramatique pour les entreprises, les restaurants, les commerces, pour les familles aussi avec la promiscuité, les écoles doivent reprendre le 11 mai à mon sens. C’est vraiment nécessaire. N’ayons pas peur !
On doit prendre un certain nombre de risques, ce virus est grave avec ce qu’il cache. Il serait fort intéressant de savoir ce qu’il y a derrière. Arriver à paralyser presque les deux tiers de l’humanité, c’est impressionnant !

Q : Lorsque cette période particulière sera derrière nous quelle société allons-nous voir apparaître ?
Le danger serait que les gens se révoltent contre Dieu, ou pire que rien ne change, et que la différence devienne encore plus grande.
J’espère qu’au niveau des familles il y aura plus de liens, que les gens s’engageront plus pour la vie communautaire.
On espère que tous comprennent un peu mieux le sens de la vie, à chacun de nous de montrer un exemple. Trois mots me semblent très importants : patience, fidélité et persévérance.

Q : Comment voyez-vous votre nouvelle vie après avoir quitté l’unité pastorale de St-Protais ?
Nous allons avec mon frère prendre un appartement à Villars-sur-Glâne ou Fribourg. Le déménagement se fera à la fin août, j’envisage de prendre un peu de repos, je serai au service des paroisses de Fribourg sur appel, j’aimerais aussi développer un peu plus les pèlerinages, prendre le temps de revoir des amis, depuis 5 ans par exemple je ne suis plus parti chez mes amis en Belgique, heureusement il y a Skype. J’ai gardé des amitiés là-bas depuis mes études, il y aura 54 ans.

Être prêtre, c’est à vie, c’est comme être une mère de famille, on fait une multiplicité de choses que l’on ne voit pas toujours. Je m’engagerai de tout mon cœur pour apporter plein de bonheur et d’espérance.

Q : Que pensez-vous de Hauterive.lememento.ch ? 
C’est un bon moyen pour tisser des liens et surtout pour souligner des initiatives, et demander à chacun de s’ouvrir à l’autre, j’ai peu de temps pour pratiquer ce qui est proposé.
Merci et félicitations pour ce moyen essentiel d’ouverture et de partage

Détails du contact

Posieux ***** https://hauterive.lememento.ch/

Contacter l'annonceur

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *